Stage PS2 dans le LOT
RÉCIT SUBJECTIF - STAGE PS2 - LOT - 8/9/10/11 Nov 2024
Jour 0 - Saint-Georges avec Jean Pierre Stefanato
Nous sommes le 8 novembre 2024, soit la veille du début du stage organisé par la CNPS. On a décidé, avec Jean-Pierre, de partir dès 9h du matin de Niort pour pouvoir faire une cavité en visite l'après-midi avant le début du stage. Nous arrivons à Saint-Georges-de-Montvalent, très heureux de pouvoir baptiser ma nouvelle (et première) combinaison étanche dans ce magnifique trou bleu turquoise. On s’équipe, on se met à l’eau, on contrôle, et c’est parti pour une descente jusqu'à 30 m de profondeur dès le début de la plongée, avec un plafond assez bas et du gravier au sol. Tout se passe bien.
La joie de replonger dans ce genre de cavité, depuis le stage PS1 du mois dernier, me donne le sourire sous l’eau... mais Jean-Pierre ne me voit pas, tant mieux, car il pourrait penser que c’est de la narcose !
Dans son briefing, il m’a bien rappelé les bases de la gestion des quarts et m’a stipulé que si l’on se débrouille bien (enfin moi, car lui est en recycleur), nous pourrions aller jusqu'à la salle Lavaur, qui se trouve à 400 m de l’entrée, pour sortir la tête de l’eau et contempler un plafond haut de 50 m... Ça donne envie.
Je me dis que 400 m, c’est bien ambitieux, surtout avec une descente à 30 m qui va me faire consommer mon air assez rapidement !
Chance : JP a regonflé mes blocs le matin même, avant de partir, pour me les faire monter à 240 bars chacun. Et mes 12 litres, qui plus est !
Après cette magnifique descente à 30 m, la cavité remonte tranquillement dans les 9 m pour ensuite redescendre dans les 15 m, et enfin remonter à la salle Lavaur.
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Il y a de la vie dans cette cavité ! Les poissons ne sont pas farouches. Je regarde mes manomètres, et il est temps de faire demi-tour. Mais, juste à ce moment, JP me fait signe de faire surface. Tellement obnubilé par ma consommation, je n’avais pas remarqué la surface de la salle juste au-dessus de ma tête. Nous faisons surface et, effectivement, ça vaut le coup d'œil. Le plafond n'est presque pas visible tellement il est haut. JP me dit de garder le détendeur en bouche. Nous ne restons pas longtemps et repartons direction la sortie.
Le retour est agréable. JP me fait visiblement confiance : il n’est pas toujours à mes côtés et me laisse vivre ma plongée. C’est apaisant. Arrivé près de la sortie, dans la remontée des -30 m, je me retourne et distingue JP, mais toutes lumières éteintes. Je me rappelle alors l’exercice que Sébastien nous avait fait faire un mois auparavant : sortir de la cavité de l’Œil de la Dou avec nos lumières éteintes.
J’éteins alors les miennes pour faire comme JP. Cela me donne une image toujours aussi magnifique de la lumière du jour dans cette fenêtre verte, que nous franchissons avec émerveillement. Je me demande si, même après des dizaines d'années de pratique, JP est encore aussi ébahi que moi devant ce genre de beauté naturelle.
Pendant la phase de décompression de confort entre 6 et 3 m, JP me fait signe de venir voir dans un recoin sombre de roche. C’est à ce moment-là que nous voyons un brochet sortir en trombe. Il m’en avait parlé, et je suis heureux de pouvoir le voir.
Jour 1 - Trou Madame avec Bernard Gauche
C’est sur les chapeaux de roues que nous décollons pour Trou Madame après une bonne nuit à Ecoasis, tels une armée à quatre roues, avec une optimisation des voitures à faire pâlir les partisans de BlaBlaCar.
Mon instructeur pour le week-end sera Bernard Gauche, et mon binôme, Kévin, un propriétaire de Duster, forcément un gars bien.
J’ai lu beaucoup de choses sur Bernard, surtout ses exploits, notamment la grande traversée de Padirac depuis Saint-Georges avec un certain Clément Chaput. Il m’inspire un profond respect. J’ai hâte de continuer ma formation avec lui. Trou Madame nécessite une petite marche d’approche (200 m environ). Une corde fixe nous aide à passer des endroits assez glissants en ce mois de novembre. Mais rien d'insurmontable. Le niveau de l’eau est assez bas, mais pas trop selon Bernard. Il faudra ramper à genoux sous un plafond bas avant de pouvoir s’immerger dit-il, et ça sera effectivement le cas.
Après avoir rampé en combinaison humide (je ne tente pas d’abîmer ma belle SF Tech ici...), nous nous équipons sur un petit bout de rocher avant de nous immerger tous les trois, un peu dans la cohue car nous sommes une bonne quinzaine à plonger ici aujourd’hui.
La cavité est belle, la communication avec Kévin se passe bien. Pas de réel exercice pour cette première plongée mise à part un tirage de fil à la fin, surtout un coup d'œil attentif de la part de Bernard pour vérifier notre tenue sous l’eau. Une fois hors de l’eau, il nous faut ressortir de ce boyau, à moitié hors de l’eau, à moitié immergés... j’entends les grognements mécontents de certains.

C’est l’heure de manger. Nous en profitons avec Sébastien Couturon et Bernard pour découvrir la technique de désemmêlement si l’on se retrouve complètement bloqué dans le fil principal. Chose assez peu probable, selon Bernard, qui se permet de nous dire qu’en 40 ans de pratique de plongée sout’, ça ne lui est jamais arrivé... mais mieux vaut prévenir que guérir, car la chose la plus complexe de cette technique n’est pas de se sortir du fil (c’est assez simple grâce à notre objet coupant, comme un easy-cut ou des ciseaux), mais de maintenir la continuité du fil. Si l’on coupe sans réparer, et que des collègues derrière nous tombent sur un fil rompu... malheur à eux et honte sur nous.
La technique consiste donc à bloquer le fil principal avec des cahouèches (morceau de chambre à air en caoutchouc extrêmement solide), le sectionner pour retrouver du mou, puis le couper de chaque côté de l’emmêlement après l’avoir raccordé au fil de secours. Simple sur le papier, mais plus compliqué sous l’eau avec la pression de l’exercice, les gants, le froid et les nœuds à mémoriser... C’est donc en simultané avec Kévin, à 10 m d’écart, que nous tentons un faux désemmêlement qui, personnellement, me paraît bien vrai. La logique est comprise, mais pour la sécurisation, il faudra repasser : à peine effleuré, mon œuvre d’art cède sous les doigts de Bernard. Idem pour Kévin, même si ses nœuds étaient plus solides, Bernard en viendra à bout.
Nous refaisons surface avec, personnellement, une petite déception vis-à-vis de cet exercice. Il me faudra faire mieux lors du prochain, car trois jours, ça passe vite. Je décide de retourner à la voiture tout équipé, lentement mais sûrement. Note à moi-même : ne plus jamais faire de sout’ avec des botillons néoprène, c’est dangereux.
Cette journée se termine sur un point positif : la super entente entre Bernard, Kévin et moi-même. La visite de la cavité était cool, et l’approche aussi. On reviendra !
Nous enchaînons le soir avec un cours sur la réglementation et sur la plongée multisiphon, Bruno Rossignol aux commandes. Les yeux sont lourds, mais pas à cause de lui...
Jour 2 - Crégols et Landenouse avec Bernard Gauche
Le cours d’hier soir sur le multisiphon va nous servir, car ce matin, nous nous dirigeons vers Crégols en petit comité (groupe de Bernard et groupe de Sébastien, les autres iront au Ressel), ce qui fait visiblement sourire certains connaisseurs de la région... mais la raison m’échappe. Bernard nous briefe sur le fait que la cavité est très belle et que, ce matin, nous n’allons faire que de la visite. Il nous explique que la cavité se compose d’un premier siphon très court, mais avec une restriction assez mince, même pour du sidemount. Après ce siphon, il faudra escalader un mur pour ensuite progresser dans un intersiphon de plusieurs dizaines de mètres assez chaotique, puis se réimmerger dans un deuxième siphon qui tombe directement à -40 m. Le programme donne envie...
Je ne suis pas déçu par la restriction du S1, qui est effectivement plutôt coriace comparé à ce que j’ai vu jusque-là. Une fois la tête sortie de l’eau à la fin du S1, on se rend vite compte que ça ne va pas être une partie de plaisir. Un binôme autonome du stage est là avant nous et a pris possession des cordes fixes pour hisser le matériel sur plusieurs mètres de hauteur, sans même tenter de monter équipé... Bernard part devant nous, tel un jeune homme de 20 ans hyper motivé, comme si son bi 7 dorsal ne pesait rien, et grimpe le mur sans aucun souci, et sans se déséquiper. Sébastien sort la tête de l’eau et j’arrive à le motiver à grimper à son tour le mur sans se déséquiper, car je n’ai aucune envie de tout enlever et de tout monter à la corde. Sébastien, étant un peu mon modèle en termes de capacité physique dans ce genre de milieu, tente la montée avec ses blocs en sidemount, mais fait vite demi-tour, car c’est trop compliqué avec le poids.
Je tente à mon tour, en lui demandant de se pousser et avec un léger agacement, mais la modestie me rappelle vite à l’ordre : c’est réellement trop complexe pour moi aussi... surtout en botillons néoprène. Une chaîne humaine de sept personnes se met alors en place pour faire passer les 14 blocs et les 7 paires de palmes en hauteur sans trop les abîmer. Le bi 7 dorsal avec stab et cerclage de Simon finit de nous achever mentalement. C’est la première fois que je transpire à grosses gouttes en combinaison humide.
La voix de Bernard résonne alors dans la cavité : « JE REVIENS DU SIPHON 2 ET LE NIVEAU DE L’EAU EST IDÉAL. » Je vous passe l’imitation de son accent chantant à l’écrit. Chacun récupère ensuite son matériel pour progresser dans l’intersiphon, qui n’est pas forcément simple non plus. À peine remis de nos efforts, nous partons nous immerger dans le siphon 2. Sébastien et Simon sont devant nous, Bernard en troisième, moi ensuite, et Kevin en dernier. Les autonomes, encore en train de reprendre leur souffle, suivent à leur rythme. Nous progressons pendant quelques mètres dans 2 ou 3 mètres d’eau, puis nous arrivons au-dessus du puits qui descend jusqu'à 35 ou 40 m. Le fait que Sébastien et Simon soient devant nous est irréel : ils illuminent tout le bas du puits. La vision est incroyable. Le puits est large et profond. Je n’ai jamais vu une chose pareille de toute ma vie.
La descente est lente et progressive. Nous nous stabilisons sur un fond sableux qui continue de descendre légèrement. Une fois sortis du puits, le plafond en dents de scie nous rappelle à l’ordre, avec les bruits de blocs qui tapent légèrement. Bernard nous demande rapidement de faire demi-tour. Avec des 7,5 L, les manomètres descendent vite quand on est à -40m.

C’est dur, c’est long, et une fois arrivés en haut du mur, je motive Sébastien à tenter de le descendre sans tout enlever. Je le tiens par sa stab et fais attention à ne pas glisser, car cela serait une catastrophe. Il se retrouve pendant une demi-seconde suspendu dans le vide, avec ses deux mains en opposition sur de la roche glissante et mouillée, les pieds dans le vide, ses blocs qui tapent, et ma main qui glisse légèrement dans son dos. Le choc est violent, mais il retombe sur ses pieds, un mètre plus bas, avec ses dizaines de kilos sur le dos. Je tente ma chance avec Kevin, qui me tient par ma stab. Idem : la descente est acrobatique, mais tout va bien. Kevin s’en sort seul, et nous reprenons la sortie en passant par le S1.
Quelle plongée magnifique ! Cet intersiphon rendrait presque le puits du S2 encore plus beau, tellement il est compliqué d’y accéder. Les anciens, comme Bernard, doivent bien rigoler en voyant des jeunes comme nous en baver autant sur ce genre de progression... C’est après un détour par Lantouy que nous posons notre table et nos glacières sur le parking. Il y aurait visiblement ici une cavité peu fréquentée, mais après 30 minutes de recherche sans trouver de départ de cordes, nous abandonnons et décidons d’aller à Landenouse. Pendant le repas, Bernard nous parle des nœuds, histoire de ne pas refaire nos erreurs lors du prochain désemmêlage : cabestan, huit, double huit, Mickey, fusion... J’ai mal à la tête, mais je me dis qu’avec mes quelques années d’escalade, je devrais quand même réussir à faire un foutu nœud qui tient si je me concentre.
Une fois sur le parking de Landenouse, Bernard nous dit qu’après la plongée fatigante de ce matin, cet après-midi, ce sera visite de cavité, pas de pression, on y va cool. Avec Kevin, on part avec nos bi 12 en étanche, en se disant qu’on essaie d’aller loin. De mémoire, Kevin me dit qu’il y a un chouette colimaçon vers les 300 m. Ce sera donc notre objectif.
Lors de la mise à l’eau, Sébastien me demande de vérifier sa fermeture étanche, qui, mal fermée, n’a pas rempli son rôle d’étanchéité... Ce sera donc une plongée humide pour lui.
La plongée se passe bien. Je suis en tête. La cavité est assez large, et je ne distingue pas vraiment bien sa forme. La progression est rapide, mais mon quart est atteint aux alentours des 280 ou 290 m. Le colimaçon attendra. Je demande la fin de plongée, et Kevin opère le demi-tour.
La communication entre nous deux est fluide et appréciable. Kevin est calme et méthodique. J’aime. Sans savoir comment, on se rend compte qu’il n’est que 15h30 une fois changés. J’ai l’impression qu’on vient d’enchaîner deux journées tellement c'était dense. On n’aura pas chômé.
C’est alors que Bernard fait preuve de spontanéité en nous disant que ce serait sympa d’aller boire un coup dans un troquet. J’aime cet homme. Direction « Le Cap Ou Pas Cap » de Carjac. Une table en terrasse, au mois de novembre... Je n’ai jamais autant apprécié mon panaché. 17h30 : retour au gîte, prêts à prendre notre dose de cours théorique. Ce soir, c’est décompression et planification. Les yeux sont lourds, mais toujours pas à cause de Bruno.
Nous n'oublions pas les collègues encadrants qui feront le gonflage des dizaines de blocs pendant notre cours ...

Jour 3 - le Ressel avec Bernard Gauche
Aujourd’hui, c’est le grand départ et la fin du stage. Mais avant, direction le Ressel. Tout le monde est très étonné que ce soit ma première fois, et pourtant, c’est bien vrai ! Une fois sur le parking quasiment désert, Bernard nous dit que nous ferons de la visite jusqu’au puits 1 et qu’au retour, proche de la sortie, nous pratiquerons la recherche de fil et le désemmêlage.
Nous faisons une démonstration de recherche de fil hors de l’eau. J’ai bien compris la logique, donc cela devrait aller. Concernant le désemmêlage, toutes les cartes sont entre nos mains : c’est aujourd’hui qu’on valide. Mise à l’eau en étanche. Pas de gants pour moi, je veux garder toute ma dextérité pour les exercices. La cavité est effectivement énorme : une autoroute qui ne laisse pas de place à l’intimité. Presque trop grande pour moi. Nous avançons jusqu’au puits 1 : impressionnant. Je continue la progression quand Bernard m’attrape une palme et me fait signe que je ne vais pas dans la bonne direction... Oups. Mauvais point. Il me confiera plus tard qu’il ne connaissait pas le fil sur lequel je m'orienterais et qu’il nous avait dit de faire demi-tour à cet endroit. Au temps pour moi.
Le retour se passe bien. Proches des derniers mètres, Bernard nous demande de nous écarter du fil principal pour pratiquer la recherche de fil. Kévin commence. Bernard l’écarte du fil principal, lui éteint ses lumières, puis les siennes et les miennes, et le désoriente. C’est dans le noir total que nous pratiquerons le recherche de fil.

À mon tour. Je me rends compte que les sensations sont particulières dans le noir. Les sens sont décuplés. Ma main libre ne quitte pas la roche. J’effectue un tour complet de la cavité en espérant mettre la main sur le fil principal ou, au pire, croiser mon fil de secours avec ce dernier pour rembobiner dessus. Et c’est chose faite, pour Kévin comme pour moi : mission réussie. Nous passons au désemmêlage. Sans gants, mes doigts sont froids et engourdis, ce qui me fait perdre du temps pour retrouver ma dextérité. Mauvais choix.
Je place mes deux cahouèches devant moi, j’amarre mon fil de secours en amont du premier, je coupe entre les cahouèches, je gagne du mou, je recule sur l’emmêlement, je sécurise le fil avant et après celui-ci, je coupe, je tire sur mes nœuds pour valider la solidité du raccord, je me libère et je fais signe à Bernard. Il tire dessus, et ça tient... Il me fait un «bravo » avec les mains. #Fierté. C’est validé aussi pour Kévin. Binôme en or.
La sortie est sereine, et le déséquipement également. Je suis heureux de ma première au Ressel et de mes exercices. La confiance que je commence à avoir est grandissante et me procure un boost d’énergie.
De retour au gîte, nous validons les compétences du carnet. Il me manquera « Savoir lire le milieu » et « Préparer un fil métré ». C’est avec plaisir que je rentre chez moi retrouver ma famille, tellement la fatigue psychologique et physique est immense. Mais c’est toujours avec un petit pincement que je quitte ce magnifique département qu’est le Lot. Un grand merci à Bruno Rossignol pour l’organisation colossale d’un stage pareil, et merci à tous les cadres qui l’ont accompagné dans la réussite de ce week-end.