Chroniques des profondeurs

Journal d’exploration sous-marine et souterraine

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Plongée yo-yo en carrière

RÉCIT SUBJECTIF - ST LIN - 79 - 27 Nov 2024

Plongée avec Sébastien

On est mardi, et Sébastien m'a proposé de plonger aujourd'hui sous la direction de plongée d'Éric Murzeau. L'objectif est de faire une simulation du profil de la résurgence de Cul Froid, dans laquelle nous voulons plonger (enfin, surtout moi, car Sébastien a déjà bien avancé dedans avec Ludo). L'idée étant que je me rende compte qu’en circuit ouvert, la planification est assez complexe, et que les paliers montent très vite. C’est aussi l'occasion de faire une grosse plongée Yo-Yo pour tester l’effet sur les oreilles.

Je me suis posé sur Multideco quelques jours avant pour projeter la plongée. Je ressors la topo de Cul Froid réalisée par Pierre-Éric Deseigne pour tenter de faire la planification.

Le jour de la plongée, Éric me prête une ardoise pour aller sous l’eau, sur laquelle je note toutes les profondeurs, les temps à y passer, et le runtime. Finalement, on décide avec Sébastien que ce sera lui qui gérera la progression. Ça m’arrange un peu, car j’ai beaucoup de choses à penser : entre mes quatre blocs (et donc quatre manomètres à équilibrer en même temps) et la surveillance de ma DTR, ce sera largement suffisant pour aujourd’hui.

Profil de la plongée sur tablette
Profil de la plongée sur tablette

On se met à l’eau à 10h56. J’abandonne un de mes blocs Air de 7,5 L car il a une fuite au niveau du premier étage. Je ne prends pas de risque. Par contre, je récupère un bloc déco de Nitrox 66 à Éric que je dépose à 10 m pour ma fin de plongée. (Il va falloir que j’investisse, car si je commence à faire des plongées comme celle-là avec beaucoup de paliers, l’oxy pourrait m’aider à raccourcir substantiellement mes plongées.) Éric est avec nous.

La mise à l’eau se passe bien. On dépose nos blocs déco : à 5 m pour Sébastien et à 10 m pour moi. On descend ensuite dans les 26 m, pour y rester deux ou trois minutes, et on continue dans la zone des 35 m.

Photo d'équipe depuis le ciel
Photo d'équipe

Ma DTR est déjà de 15 minutes : 5 minutes pour remonter, 5 minutes de paliers obligatoires, et 5 minutes de paliers de confort. Ça file vite. Je me dis que ma limite sera 30 minutes de DTR, car j’ai peur de me retrouver immobilisé trop longtemps à 3 m.

On remonte ensuite dans la zone des 15 m, on en est à 27 minutes de plongée. Je crois que c’est à ce moment-là que l’on a perdu Éric. Nous étions en enfilade, et je ne me suis pas préoccupé de lui… Il nous dira par la suite qu’il avait noyé son scooter.

Ah, et j’oubliais : moi aussi j’ai un scooter ! Seb m’a prêté le sien (il en a deux…), et c’est agréable. Par contre, vu que la dépense physique est moindre, le froid arrive vite, même en étanche.

Plongée avec scooter
Plongée en scooter et multibloc

On ne s’arrête pas là : de la zone des 15 m, on redescend à 30 m pour effectuer une petite remontée avant de redescendre à 45 m. Ça commence à piquer. Mon Shearwater m’affiche 3 minutes à 6 m et 25 minutes de DTR (ce qui fait 5 minutes de confort et 17 minutes à 3 m).

J’ai aussi configuré l’affichage de ce qu’ils appellent le @+5 (DTR+5min), c’est-à-dire la projection de ma DTR dans 5 minutes si je reste à la même profondeur. C’est super pratique et ça permet de se rendre compte du malus que l’on prend en paliers. Par exemple, ici : DTR de 25 minutes et @+5 de 38 minutes. C'est à dire que le delta des deux valeurs représente la DTR en plus que l'on prends en 5 minutes à la même profondeur, en l'occurence ici : 13 minutes !

On remonte ensuite dans les 13 m et on se balade tranquillement dans le fond de la carrière. L’eau est plus chaude (12 degrés), ça fait du bien. Mon unique bloc de 7,5 L est sur la réserve, je repasse sur mes 12 L, que j’avais déjà bien entamés.

Profil de la plongée sur Shearwater Desktop
Profil de la plongée sur Shearwater Desktop

Les paliers à 6 m se gomment tranquillement, pour me laisser une DTR totale de 22 minutes. On est bien ! La plongée est bien gérée jusque-là.

Seb nous redescend dans les 25 m pour remonter ensuite dans les 15 m. On se balade, les oreilles vont bien : au top !

Je suis loin de mon cap de 30 minutes de DTR. Je croise alors son regard et lui demande s’il veut refaire une descente ou si on reste proche de la surface. Il me dit que oui, on va redescendre.

L’avantage avec le scooter, c’est qu’on va vite, notamment dans les descentes : c’est assez agréable. Mais là, je me retrouve vite dans le noir, à 47 m de profondeur, en l’espace de quelques minutes, sans trop m’en rendre compte. Et je pense que c’était pour moi la descente de trop.

Mon ordinateur m’affiche 5 minutes de paliers à 6 m, ma DTR passe soudainement à 42 minutes et ma projection @+5 est de 60 minutes. J’attrape le bras de Sébastien pour lui signaler que je remonte. Il confirme : GO !

J’enclenche la remontée, et dans une mini-panique, je quitte du regard le tombant qui nous servait de point de repère. Pas grave, je le retrouverai plus tard à la boussole : le temps presse, je dois stopper l’augmentation de ma DTR.

Je me retrouve assez vite (trop vite ?) dans la zone des 6 m pour attaquer mes paliers. Le souci, c’est que je suis en pleine eau, et c’est franchement pas l’idéal. Je manque de points de repère, et le palier est difficile à tenir.

Je sais que si je prends Nord-Nord-Ouest sur ma boussole, j’arriverai à retrouver le chemin où j’ai laissé mon bloc déco (je vais en avoir besoin).

J’ai trouvé le temps long, car j’ai mis plus de 6 minutes, scooter à fond, à retrouver un morceau de roche. C’est assez désagréable comme sensation. Une sorte de soulagement m’a parcouru quand j’ai retrouvé le chemin, mais c’était le chemin au bout de la carrière, quasiment 200 m trop loin par rapport à mon bloc déco. Mais ce n’est pas grave, car j’étais de retour sur un endroit connu. Les paliers à 6 m avaient disparu, et mon Shearwater m’affichait 28 minutes de paliers à 3 m.

Y’a plus qu’à. Je récupère le chemin, je croise la plaque commémorative de Joël Talon, et me voilà à la bouée des 10 m pour récupérer mon bloc déco.

Je file vite dans la zone des 4 m pour commencer ma déco. Éric m’a prêté un bloc de 7,5 L gonflé à 250 bars : ça devrait aller. Mais cette mini-panique me fait respirer vite sur le détendeur. Il faut que je me calme. Je laisse mon ordi en mode Air, même si je suis en Nitrox 66, histoire d’avoir une sécurité.

Pendant ma déco, Seb me rejoint. Avec son recycleur, ce n’est pas la même histoire : il a eu des paliers, mais c’était très négligeable. Il reste avec moi par gentillesse, car lui n’a plus rien à faire. Il gonfle son parachute pour signaler à la surface que tout va bien.

Mes 28 minutes se passent bien. La remontée à la surface se fait très lentement.

Une bonne plongée en somme, même si elle me permettra d’appréhender la difficulté de la plongée Yo-Yo et de la planification qui en découle en circuit ouvert.

Pendant le repas post-plongée, Éric et Seb me diront que les boussoles, par endroits dans la carrière, ne sont pas fiables, sûrement à cause de perturbations magnétiques. Cela pourrait expliquer ma traversée du désert après ma remontée des 47 m.

Le soir même, je trouve des petites taches de sang sous-cutanées au niveau du haut de ma cuisse : une petite leçon sur les remontées rapides ?

Taches de sang sous cuntané
Taches de sang sous-cutané, accident de décompression ?

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