L'appel de l'aventure
RÉCIT SUBJECTIF - WEEK END AUTONOME - LOT - 16/17/18/19 MAI 2025
Jour 1 - Réadaptation au Ressel
Ce week-end, c’est sortie club. Nous sommes trois : moi, Manu et François. Cela fait au moins trois semaines que je n’ai pas plongé. Il est grand temps de retrouver les sensations. Direction le Ressel pour une plongée de réadaptation, en mode tranquille.
On équipe chacun un bi-12, plus un relais de 7,5 litres, avec l’idée de pousser jusqu’au puits 4, et pourquoi pas descendre jusqu’à -40 mètres. La mise à l’eau se fait sans accroc. L’équipement est lent, méthodique. Pour une reprise, c’est essentiel. Nos combinaisons étanches nous isolent du froid du Célé, toujours un peu vif même au mois de mai.
Le parking était bondé à notre arrivée, mais nous sommes parmi les derniers à nous mettre à l’eau, en même temps que trois Suisses venus pour le week-end. En surface, la rivière est trouble, comme souvent. Mais dès qu’on passe le porche de la cavité, la magie opère : l’eau devient limpide. Visibilité : 15 mètres.
Le Ressel, c’est la simplicité et la sérénité incarnées. La routine revient vite : vérifications régulières des manomètres, changements de détendeurs tous les 20 bars, palmage en frog kick… On se retrouve, on se recentre. C’est doux. C’est fluide.
Arrivés au puits 4, on a prévu que je reste seul en haut pour filmer la descente de François et Manu. J’installe mon cadre, règle les lumières, je demande à Manu d’envoyer avec son phare vidéo, mais comme toujours, la puissance de nos lampes se heurte à l’immensité du puits. Trop vaste, trop sombre. L’éclairage ne suffit pas. Les images sont, comme souvent… frustrantes.
Quand ils me rejoignent en haut, j’atteins mon quart. Il est temps de faire demi-tour. À l’aller, on a pris le shunt bas. Le retour se fera par le shunt haut, inconnu pour Manu. On prend notre temps. Nos faisceaux de lumière balaient les parois, explorent les reliefs de cette autoroute de calcaire. On est en mode contemplation.

Mon ordi m’annonce une minute de palier à 3 mètres. Elle s’efface tranquillement pendant la remontée. On s’accorde cinq minutes de confort dans le Célé, entre 5 et 3 mètres. Le soleil perce l’eau brune de la rivière, et dans ce jeu de lumière étrange, une écrevisse se dresse devant nous, en garde, menaçante. Elle défend son bout de territoire. On sourit derrière nos détendeurs.
Sortie de l’eau. Il fait chaud dans les étanches. On se change rapidement. Puis direction le bois de Faral pour gonfler les blocs… et savourer un bon barbecue, sandwich saucisse à la main, le bonheur accroché au visage.
Jour 2 : Première à Cabouy
Le soleil tape déjà fort quand on gare les camions près de la vasque. Aujourd’hui, cap sur Cabouy, première entrée du réseau de l’Ouysse. La topo est prometteuse : descente directe à -30 m, puis lente remontée vers les -10/-15, pour ressortir 800 m plus loin au gouffre de Pou Meyssen. Et derrière, plus de 4 km de galerie... mais on ne visera pas si loin aujourd’hui. On part chacun avec un bi-12 et un relais de 7,5 L. Deux scooters pour trois, histoire de traverser la zone profonde sans y laisser trop de décompression. Manu connaît déjà le coin. Il nous prévient : « Cabouy, c’est pas la clarté du siècle... »
Sur place, deux plongeurs en recycleur s’équipent. Leur objectif ? Sortir à Pou Meyssen et revenir. Grandiose. On échange quelques mots, puis on commence nos propres allers-retours avec le matos. Il fait une chaleur à crever, et dans mon étanche, je sens la sueur couler dans mon dos. La vasque de Cabouy est large, belle, encaissée dans un décor de randonnée bien entretenu. Le fil de départ est loin du bord. On palme un moment à la surface. L’ordre habituel : Manu ouvre la voie, je suis, François ferme.
On entame la descente en s’accrochant à la corde. L’entrée de la cavité ne se trouve vraiment qu’à -20 mètres. Et là, surprise : zéro visibilité. Littéralement. Je pose ma main sur l’épaule de Manu, sinon je le perds. Les deux plongeurs en recycleur terminent leur déco sur la corde à -4m, on est obligés de lâcher, de descendre un peu à l’aveugle, tâtonner pour retrouver le fil deux mètres plus bas. L’ambiance est posée.
À -30 m, je retrouve Manu. Mais pas de François. On attend. Rien. Je propose à Manu de remonter : inutile de cramer les relais en attendant. Une fois en surface, je suis seul. Manu et François ne sont plus là... Je patiente, un brin tendu. Finalement, les deux compères refont surface ensemble : ils s’étaient croisés pendant ma remontée. On décide alors de laisser tomber les scooters, trop de galères, trop de perte de gaz sur le faux départ. Et franchement, se faire tracter à trois avec deux propulseurs... j’étais pas fan.
On replonge, cette fois à la palme. La descente se fait sans encombre, et on retrouve l’entrée. Mais la zone des 30 m est longue, bien plus que prévu. Nos relais fondent à vue d’œil, les bi-12 suivent le même chemin. La visi ? Meilleure qu’en surface... mais c’est pas fou non plus. Deux ou trois mètres, pas plus. Pas le temps d’admirer quoi que ce soit, je suis scotché à Manu, concentré à ne pas perdre son faisceau de vue.

On atteint notre quart un peu avant les 500m. Demi-tour. Je passe devant cette fois. Manu me suit, François ferme. La visibilité rend la communication difficile. Les signaux passent mal, les faisceaux se perdent. Je palme fort pour éponger les minutes de palier qui s’accumulent sur mon ordi. Approchant de la sortie, mon signal lumineux n’a pas de réponse, je me retourne. Rien. Le noir.
Un petit frisson me parcourt. Ce n’est jamais agréable. Heureusement, quelques secondes plus tard, un faisceau perfore le brouillard de particules : Manu n’était pas loin. Grosse bouffée de soulagement.
La remontée vers la vasque est un peu plus claire qu’à l’aller. J’écope de 8 minutes de palier à 3 m, mes compères en ont 17. Mon ordinateur a probablement reseté lors du premier faux départ. Le froid commence à se faire sentir. Au moment de sortir, un attroupement de randonneurs nous attend, tous en gilet jaune fluo. On a l’impression d’avoir des fans, mais non : ils n’en ont rien à faire de nous. Tant pis, on se sent un peu comme des stars quand même.
Il est temps de se changer, d’avaler un bout, de gonfler les blocs. Ce soir, c’est resto à Gramat, spécialités du Quercy au menu. Bien mérité.
Jour 3 : Béatitude à Trou Madame
Hier soir au resto, on s’est dit qu’on aimerait bien plonger aujourd’hui dans une cavité avec un peu de visibilité… parce qu’après Cabouy, on avait clairement eu notre dose. Le choix s’est vite resserré entre Marchepieds ou Trou Madame, souvent bien clairs, du moins si aucun troupeau n’est passé juste avant. Personnellement, je ne me sentais pas encore prêt à retourner à Marchepieds, rapport à mon blocage la dernière fois. Ce sera donc Trou Madame, que je n’ai pas revue depuis mon stage PS2.
La route jusqu’à là-bas est bien chaotique, mais l’approche à pied plutôt cool. Deux bons filtres naturels qui limitent un peu la fréquentation. À notre arrivée : personne. Le bonheur.
Petit rappel : la topo de Trou Madame est simple. Une cavité peu profonde (6–7 m de moyenne sur les premiers siphons), ce qui veut dire qu’on peut aller loin avec une conso très raisonnable. On opte pour du matos léger : plongée en humide et bi 7,5 L chacun. L’accès au S1 impose un petit crapahutage à genoux, donc pas envie d’abîmer nos combis étanches. On descend notre matos au bord du S1. Une fois équipé et en attendant mes compères, je jette un coup d’œil sous l’eau avec mes phares... et là : OH. MON. DIEU.
Jamais vu une eau aussi limpide. On dirait qu’il n’y a même pas d’eau. C’est cristallin. La mise à l’eau confirme : visibilité de 20 m facile. Ça change tout. Communication fluide, progression sereine. Je découvre vraiment la cavité, je n’étais pas allé bien loin lors de ma dernière visite. Le début est spacieux, puis le conduit se resserre un peu par la suite, avec de magnifiques marmites au sol. On sort la tête deux fois dans des mini intersiphons pour discuter, faire une pause, profiter du calme. Une plongée sous le signe de l’apaisement.
On fera quasiment 600m avant de faire demi-tour. Le retour est encore plus plaisant : avec une telle visi, on perçoit la cavité dans son ensemble. On peut même s’écarter du fil sans souci, tant il reste toujours bien en visuel. Une expérience rare et précieuse. On sort en gardant nos blocs sur le dos pour éviter les allers-retours. On mérite bien notre apéro Dernier soir au Bois de Faral. Ce soir, c’est poulet basquaise. On prévoit une dernière plongée sur le chemin du retour : ce sera l’Œil de la Doue. Réveil à 6h30, 700 m d’approche, 200 m d’intersiphon. Motivés !

Jour quatre : Renforcement musculaire à l’Oeil de la Doue
C’est parti, dès 8h nous sommes sur la route, et à 9h on prépare notre matériel… dans la boue, évidemment, après une nuit d’orage. C’est toujours comme ça le dernier jour : après un week-end de grand soleil avec 25°C de moyenne, il faut qu’il pleuve le lundi, histoire de bien salir toutes les affaires. Pas drôle sinon.
La particularité d’aujourd’hui, c’est que je suis le seul à être déjà venu ici… et c’est assez grisant comme sensation ! J’ai posé quelques questions la veille à Jean-Pierre pour être sûr de ce que j’allais faire, et le but est d’aller dans le siphon 2, que je n’ai encore jamais plongé. Lors de mon stage PS1, nous étions venus ici, on avait laissé le matériel à la sortie du siphon 1 et arpenté le post-siphon à pied. Cette fois-ci, je veux aller plus loin. Mais pour ça, il faut porter tout le matos dans l’inter-siphon, et c’est assez casse-gueule… L’approche se passe bien. Fiers comme des gardons, on ne fait qu’un seul voyage : les gars avec leurs sacs de portage, moi avec mes blocs clippés sur ma stab. C’est lourd, c’est long. L’approche nous prend plus de 20 minutes.
On se pose en mode repos quand on arrive à la vasque. Rien ne presse, même si on aimerait être de retour sur Niort pas trop tard. J’essaie d’expliquer à Manu et François la topo de la cavité, les points à retenir, ce que j’en connais et ce dont je me souviens. On est en humide, encore une fois avec les 7,5L comme matériel.
Je passe en premier pour franchir l’étroiture d’entrée. J’attends François, puis Manu, et c’est parti. Le premier siphon fait moins de 200 mètres, donc ça passe vite. La visi est plutôt bonne, sans être exceptionnelle. Je redécouvre la cavité. C’est large, et c’est tellement sableux qu’on se croirait sur une plage 😊
Le premier siphon terminé, nous voilà dans l’inter-siphon. On s’y remet : 200 m de portage chargés, car on décide de ne pas se déséquiper. J’entends râler derrière moi 😂
Il faut faire super attention. Même avec de bonnes chaussures avec crampons, je tombe plusieurs fois à cause du sol glissant. Une cheville tordue ou une jambe cassée ici ne serait vraiment pas de bonne augure … 200 mètres, ce n’est pas énorme, mais sincèrement, une fois arrivés au bout, on est soulagés. L’effort physique est réel. Je ne suis pas totalement serein une fois arrivé au départ du S2, car un monticule de sable montre que le courant est suffisamment fort pour maintenir une dune… et je me souviens que JP m’a déjà parlé du gouffre de Saint-Sauveur et des risques de fermeture de la dune d’entrée… Donc on y va, mais on reste vigilants.
La visibilité est un peu dégradée dans ce siphon 2, plus de particules dans l’eau, et encore plus de sable que dans le premier siphon. La cavité est belle, grande. C’est chouette. Je suis content d’être revenu ici et d’avoir pu aller plus loin. Je sens la progression.
Une fois les 100 m parcourus, je check mes manos. Il est temps de faire demi-tour. J’indique à Manu devant moi qu’on arrête là. Je passe en tête pour le retour, c’est cool : on est large niveau gaz, la faible profondeur et le courant dans le bon sens nous permettent de prendre notre temps. On admire, on contemple, on profite.
L’inter-siphon se fait dans moins de râleries cette fois, et la sortie du S1 est magnifique, avec la lumière du jour qui éclaire la vasque.
Le retour à la voiture est rapide et efficace, comme trois gars qui n’ont qu’une envie : manger leur pique-nique et boire un coup. Sur la route pour Niort, je me perds un peu dans mes pensées. Je m’imagine revenir ici un week-end avec plus de matériel, plus de blocs, de quoi faire un bivouac souterrain… et aller encore plus loin.
L’appel de l’aventure, j’imagine.
