Découverte des limites
RÉCIT SUBJECTIF - WEEK END AUTONOME - LOT - 7/8/9/10 FEV 2025
Jour 1 - Réadaptation au Ressel
Ce week-end était prévu pour la semaine dernière, mais les trombes d’eau qui s’étaient abattues sur la région nous ont poussés à le décaler. Une semaine plus tard, nous voilà enfin au départ.
Nous sommes quatre pour cette virée : Jean-Pierre, François, Joël et moi. Rendez-vous fixé sur le parking du Ressel à 14h. Sur place, quelques plongeurs émergent de l’eau, d’autres s’apprêtent à y plonger. L’endroit est calme, loin d’être bondé.
Jean-Pierre veut faire une plongée de réadaptation, il partira seul en recycleur, tandis que nous formerons une équipe de trois avec François et Joël. François a laissé ses 12 litres en requalification et récupère donc les 10 litres de la CSNA pour le week-end. On décide de plonger chacun avec un relais de 7,5 L, en plus de nos bi-12 pour Joël et moi. Objectif : atteindre le puits 4. Même si c’est François qui donnera le signal du demi-tour, ayant le volume d’air le plus limité.
L’équipement se fait tranquillement. Peut-être même un peu trop, car j’en oublie presque que ma combinaison étanche est trouée… Lors de ma dernière plongée à Saint-Lin, j’ai dû l’accrocher à la vis du cerclage de mon relais. Résultat : à peine immergé, je sens l’eau froide du Célé s’infiltrer et tremper ma jambe gauche. Le week-end sera humide !
Nous nous mettons à l’eau quelques minutes après JP. Joël ouvre la marche, je suis au centre et François ferme la file. Dès les premiers mètres, tout se passe bien, hormis cette désagréable sensation d’humidité qui me rappelle à l’ordre. Aujourd’hui, j’ai envie de filmer. La GoPro est avec moi et, si la visibilité est correcte, j’espère ramener quelques belles images.

La communication avec Joël est fluide. Il n’a pas besoin de se retourner, j’arrive à capter ses signaux lumineux et vice et versa. La visibilité n’est pas exceptionnelle, mais tout à fait exploitable : entre sept et dix mètres.
Je passe sur mes blocs principaux à l’entrée du shunt haut vers les 200 mètres. Nous poursuivons l’exploration dans une ambiance sereine et posée. Tout roule !
À la sortie du shunt, la descente vers le puits 4 commence. Je me positionne derrière Joël, espérant capturer sa descente avec un bon angle. Et c’est là que j’aperçois un halo bleuté provenant du fond … Jean-Pierre remonte le puits !
Vite ! J'accélère pour tenter de le filmer en train d’éclairer la cavité lors de sa remontée, mais on arrive trente secondes trop tard… Dommage ! L’instant était pourtant parfait.
En compensation, Joël amorce la descente et, grâce aux faisceaux croisés de nos lampes et à ceux de JP, j’arrive tout de même à capturer quelques images. Avec François, nous descendons un peu plus bas, profitant des quelques bars restant avant la fin du quart. Stop à 40 mètres : il est temps de rebrousser chemin.

Le retour est aussi agréable que mouillé. Mes chaussettes font un bruit de floc-floc à chaque mouvement, et la sortie dans le Célé me fait frissonner. L’eau est fraîche, et je me dis qu’un petit rayon de soleil ne serait pas de refus.
Heureusement, le pique-nique nous réchauffe comme toujours.
Le soir, à côté du poêle et autour d’un sauté de porc façon marengo, on planifie la suite : demain, ce sera Marchepied.
Jour 2 - Refus d'obstacle à Marchepied

D’après les gars, c’est une cavité où la visibilité est souvent excellente. Et ça, on aime ! Seul obstacle à une plongée d’anthologie : une restriction de 30 mètres de long dès l’entrée. JP me rassure : en sidemount, ça passe sans souci, et c’est d’ailleurs pourquoi il a choisi le circuit ouvert plutôt que son recycleur dorsal. François, lui, ajoute que cette restriction fait office de sélection naturelle, et que nombreux sont les plongeurs à faire demi-tour en la voyant la première fois.
La route est blanche, il a neigé cette nuit et par endroit le paysage en est recouvert. C’est beau ! L’approche pour aller à la vasque n’est pas longue, mais une belle descente glissante nous fait bien travailler les cuisses de bon matin. La vasque est maçonnée, et bien maçonnée. Elle coupe totalement l’entrée de la cavité du Célé, laissant apparaître une eau d’une limpidité incroyable. C’est magnifique ! Un couple de plongeurs belges nous rejoint pendant nos allers-retours. Sympas, ils semblent tout aussi émerveillés que nous.
La mise à l’eau se fait en descendant quelques marches. JP et François formeront un binôme, équipés de scooters, ils devraient aller loin ! Pendant qu’ils terminent de se préparer, Joël et moi nous mettons à l’eau. Il me rappelle que sur les 30 premiers mètres d’étroiture, il est impossible de faire demi-tour. La communication ne sera possible qu’une fois sortis. La pression monte…

En surface, je retrouve JP et lui explique mon blocage. Il me rassure, me conseille d’attendre un peu avant de retenter. Mais je ne peux m’empêcher de penser à Joël qui doit s’inquiéter en ne me voyant pas arriver. Quelques minutes passent avant qu’il refasse surface. On en parle. Je lui explique que mon cerveau a bloqué, que le voir creuser les cailloux pour passer m’a mis un coup de stress. À côté de nous, le couple de Belges nous écoute, et je perçois que l’une d’elles n’est pas à l’aise. Première pour elle aussi…
Je ne veux pas gâcher la plongée de Joël. On décide de tenter à nouveau. Le plan est simple : il passe devant et, si je ne le suis pas, il continue en solo. Devant l’étroiture, je me ressaisis. Après tout, celle du S1 de Crégols est certes plus courte, mais bien plus étroite… Pourtant, rien n’y fait. Impossible d’y aller. Je jette l’éponge à l’entrée de Marchepied. Joël, François et JP sont à l’intérieur. Je me change et m’installe avec un thé bien chaud en attendant leur retour. À leur sortie, François raconte qu’il a perdu JP en cours de plongée et a préféré faire demi-tour. Joël, lui, a poussé jusqu’à 400 mètres. JP dans les 500 mètres..
À charge de revanche Marchepied …
Jour 3 - Plus loin dans Landenouse
Après un petit point hier soir devant un parmentier de canard à la patate douce, on a décidé d’y aller plus cool pour la plongée d’aujourd’hui. Après tout, on ne peut pas être au top tous les jours ! Ce n’est pas parce que j’ai eu un blocage que je ne peux plus plonger du week-end.
Direction Landenouse. Je connais la cavité, du moins ses 350 premiers mètres, juste avant le colimaçon. Ce n’est pas une plongée que je trouve particulièrement belle. Au contraire, elle est très homogène, sans grand intérêt, ni difficulté… et c’est justement pour ça qu’on y va ! Une plongée sans prise de tête, ça me va très bien après la galère psychologique d’hier.
Dans la soirée, j’ai réparé ma combinaison avec de l’Aquasure que François m’a gentiment acheté. Je croise les doigts pour que ça tienne… L’eau n’est pas très haute dans la vasque. On décide de poser une corde pour accrocher les blocs le temps qu’on s’équipe dans l’eau, et pour pouvoir les remonter plus facilement après la plongée. François et moi faisons binôme, tandis que JP et Joël prennent les scooters. Avec François, on prend un relais de 7,5L pour tenter d’aller voir le colimaçon, que je ne connais pas encore. La mise à l’eau est plutôt sèche, même si je sens encore une légère entrée d’eau dans la combinaison… Rien de comparable avec la veille, on tient le bon bout !

La descente jusqu’à 20 mètres est toujours agréable à Landenouse, contrairement au reste. On se met en route avec François, devant JP et Joël qui se mettent à l’eau après nous. La communication est bonne, j’essaie de palmer assez fort pour ne pas perdre de temps. Aux environs des 250 mètres, je passe sur mon bi12. Je repère l’endroit où on avait fait demi-tour la dernière fois. On ne doit plus être loin du colimaçon. Effectivement, à un moment, vers 18 mètres de profondeur, le fil d’Ariane se transforme en corde et remonte franchement. Je demande à François si tout va bien, il me répond OK, on continue.
Le colimaçon porte bien son nom : la galerie s’enroule sur elle-même en remontant. C’est assez désorientant. Cela forme un puits qui finit dans les 4 ou 5 mètres de profondeur. C’est vraiment beau, et ça donne envie d’aller plus loin ! Je commence à me réconcilier avec cette cavité 🙂 On s’était dit avec François qu’on s’arrêterait au colimaçon, mais nos blocs sont encore bien remplis… Une opulence d’air qui ne nous motive pas à faire demi tour. Après concertation, on décide donc de continuer.
Et on a bien fait ! La cavité n’a plus rien à voir après le colimaçon. Ça fait plaisir. Je sens soudain une traction sur ma palme. François me fait signe de faire demi-tour, nous étions dans les 460 mètres environ. Nous croiserons sur le retour Joël qui ira jusqu'à 750 mètres et JP qui lui, fera son kilomètre.
Aucun regret. Merci, Landenouse.

Jour 4 - Chasse au trésor à Combe-Nègre
Hier soir, pour notre dernier repas à table c’était rougail saucisse avec playlist créole et petit déhanché de JP, on a décidé de s’offrir une dernière plongée sur la route du retour. Le choix s’est porté sur Combe-Nègre. Une première pour moi, mais je ne vais pas mentir… j’appréhende un peu après mon blocage à Marchepied.
Ce matin, la météo ne nous fait pas de cadeau. Il pleut, et on gare les voitures sous les piles de l’A20, les pieds dans la boue… Ambiance sinistre. À cette époque de l’année, la Dordogne est haute et l’entrée de la cavité est sous l’eau, ce qui la rend bien plus difficile à repérer qu’en été.
JP décide de ne pas plonger. Nous serons donc trois : Joël, François et moi. Je pars devant, longeant la rive, accroché à tout ce que je peux. Bec dans l’eau, je repère une corde bleue attachée à un arbre plus loin. Ça semble être ici. Mais en cherchant : rien. On passe plus de 30 minutes à fouiller, on tente même de poser un fil pour explorer un trou qui nous paraît prometteur … mais non.
On était à deux doigts d’abandonner quand Joël s’aventurant un peu plus loin tombe sur un départ de fil. C’était là ! Incroyable contraste entre l’eau marron de la Dordogne et la clarté cristalline qui s’échappe de la cavité. La différence est saisissante en y entrant.
Mais avec toute cette recherche, nos 7,5L ont déjà perdu 50 bars… la plongée sera courte.
L’entrée se fait par une petite restriction sur galets, pas bien haute, une dizaine de mètres à baisser la tête avant de déboucher dans la cavité. Dès la sortie de l’étroiture, je comprends tout de suite la topographie : un vrai boyau digestif, comme dirait François. Des restrictions partout, un chemin sinueux qui rend la progression lente et sportive.

Le sol est sculpté de grandes marmites d’érosion, vestiges du passage de l’eau. JP nous avait prévenus : quand la cavité est à moitié pleine, c’est un enfer à passer… et en voyant ça, je veux bien le croire.
On se tortille dans tous les sens. Droite, gauche, haut, bas… On enchaîne les zigzags au point que je perds de vue le fil un instant. Je retrouve Joël un peu plus bas, je checke mes manos : il est temps de faire demi-tour. Ces passages acrobatiques m’ont bien entamé mon quart.
Sur le retour, François en tête, on croise quelques anguilles et d’autres poissons venus de la Dordogne, probablement attirés par la chaleur de la cavité. Toujours aussi fascinant.
Alors que je me rapproche de la sortie, je repense à Marchepied. J’avais peur d’avoir développé une appréhension pour ce genre de cavités exigües, mais visiblement non. Et ça me soulage.
Dans l’étroiture finale, j’éteins mes lampes et attends Joël, Gopro allumée, pour tenter un effet de lumière avec son phare.

Plongée courte, mais super sympa. Maintenant qu’on sait où se trouve l’entrée, c’est sûr, on reviendra.
Il est temps de reprendre la route. Encore un super week-end dans le Lot.